Mercredi 10 août 2011
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11:08
Seuls sur une ile
déserte.
Seul, avec une jolie inconnue, abandonné
sur un bout de rocher, et la mer tout autour.
Bon, le climat n'est pas tropical ;
l'ile en question, c'est le Grand Bé, en face de Saint-Malo. On y accède à pied, à marée basse. Il y vient pour bouquiner lorsque la météo le permet et que la marée est en adéquation avec son
emploi du temps. En ce joli après-midi, il avait suivi sur la plage de sable une jeune demoiselle, seule, qui précédait ses pas. Elle s'était installée sur un bout de rocher, prenant le soleil de
ce timide mois de juin. Lui s'était alors décidé à ne pas partir avant elle et de l'épier, en cachette, comme il le faisait parfois avec les belles et inaccessibles jeunes filles. Elle semblait
attendre quelqu'un, car il n'y a pas d'autres raisons pour prendre un bain de soleil sur un rocher si peu accueillant. Lui, il avait pour prétexte le cadre ainsi que l'agréable et silencieuse
compagnie de Chateaubriand, qui y dort pour toujours.
Il regarda avec appréhension, enthousiasme
et fascination l'océan recouvrir la plage et commencer à les encercler. Assise, les jambes allongées et le dos contre un rocher, elle avait fini par s'endormir. Il la dévora des yeux, la
déshabilla dans son esprit et l'embrassa, tendrement. Sa peau était douce et salée, comme après une longue baignade dans l'Atlantique et ses timides seins pointaient sous le souffle frais du
vent. Il se déshabilla avec hâte et lui offrit le refuge de ses bras. Ils se tinrent chaud, amoureusement.
Ses grands yeux. Il est
groggy.
Par Frapif
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Mardi 9 août 2011
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12:54
Ils étaient assez fiers d'eux à la sortie de la projection de présentation. Les investisseurs étaient en sueur et les
spectateurs hilares. Ils se sont pris un savon monumental de la quasi-totalité des personnes qui, disaient-ils, leur avaient donné leurs entières confiances et que, voilà, on voit le résultat
quand on laisse les artistes faire ce qu'ils veulent...
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Vous allez provoquez la ruine de mon studio et je vous jure que des suicides auront lieu parmi vous tellement je vais
vous en foutre plein la gueule...
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Oui, mais si le film est un succès ?
Ils ont cru qu'ils allaient tuer le vieux d'une crise cardiaque, dans son grand bureau de directeur. Non, c'était
impossible. Ce film, non, ce navet en puissance, cette bouse, cette merde ne pouvaient pas avoir de... quel était le mot, déjà, utilisé par ces connard de scénaristes et ce fils de pute de
réalisateur ? « Succès » ?
Dans les studios, leurs têtes étaient mises à prix. Des techniciens de plateau aux hommes de ménage, en passant par
(surtout eux) les comptables, tous rêvaient d'une exécution publique. Ils se sentaient trahis, humiliés par une équipe qui leur avait promis qu'ils les emmèneraient loin, très loin.
Et pourtant...
Ils eurent raison ; aussi incroyable que cela puisse paraitre « Monsieur muscle contre les moustiques
géants » fut le meilleur succès au cinéma de cette année-là... Le public ressortait revigoré après avoir ri durant tout au long, on les compara aux Monty Python, on titra « La plus
grosse daube de l'histoire du cinéma est une perle »... Ils furent même nommé aux Césars, sous les yeux du vieux qui s'exclamait aux journalistes : « On a toujours cru aux talents
de ces génies du 7e art ! »
Comme quoi...
Par Frapif
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Lundi 8 août 2011
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12:24
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En fait, le personnage que je voudrais te donner est une fille qui se cache derrière un voile. Elle a tout de la
petite jeune fille sage, de bonne famille, prude et compatissante. Elle semble aimable et même, serviable. Elle attire la compassion et l'amitié. En fait, elle est purement égoïste. Elle ne
pense qu'à elle, à son confort, à son bien -être, à son image. Elle n'hésite pas une seconde à céder à ses caprices et à trahir pour se mettre en valeur. En fait, elle se pense le centre du
monde, les autres, amis, familles et même ses enfants, ne sont que des moyens d'accéder à ce qu'elle souhaite : une fois qu'elle les a usés, utilisé, elle les jette sans remords ni
regret. C'est un monstre froid et insensible.
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Et tu as pensé à moi pour le rôle ?
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Oui, j'ai même écrit le rôle pour toi. Car je suis sur que c'est ce que tu es. Et je suis sûr que tu le sais. Et je
suis sûr que tu ne refuseras pas le rôle, vu que ce sera le premier premier rôle de ta carrière et que tu n'as pas mille et une propositions...
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Tu es un salopard. Mais tu as raison, sur tous les points. Tu doubles simplement le cachet qui es sur ce contrat que
je n'ai pas lu mais que j'estime, déjà, trop bas. Ne t'inquiete pas, je serais à la hauteur de tes esperances...
Par Frapif
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Vendredi 5 août 2011
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12:04
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Alors, ce sera quoi, cette année ?
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Une Rappeuse des banlieues à la recherche du grand amour !
Le père éclata de rire avec sa fille de treize ans. Depuis l'âge de neuf ans, elle utilisait le séjour familial de deux
semaines en Bretagne pour interpréter un personnage qu'elle tenait, avec de plus en plus de talent année après année, pendant toutes les vacances.
Tout avait commencé après sa première année de théâtre où elle avait joué le rôle d'une princesse rebelle et capricieuse.
Elle fit ensuite enrager toute la famille en disant systématiquement « non, je veux pas », réplique de la pièce, à tout ce qu'on lui demandait. Elle alla jusqu'à porter sa robe de
princesse sur la plage. Elle reçut d'ailleurs trois des quatre fessées de sa vie durant ce court laps de temps.
L'année suivante elle se transforma, après la lecture d'un roman qui l'avait marquée, en jeune orpheline noire durant la
guerre de Cessesion et ce, malgré sa blancheur de peau éclatante. Puis on eu droit à la célébrité Hollywood traquée par les journalistes et l'année suivante, grâce à une teinture de cheveux
rousse, à une militante contre les fausses blondes et les antiroux.
Depuis, elle préparait consciencieusement son personnage et gardait secret son identité jusqu'à la veille, où elle la
partageait avec son père fasciné par les capacités d'actrice de sa fille.
Le lendemain, donc, la môme, à la première pause sur l'autoroute, entra dans les toilettes en petite fille sage et
intelligente qu'elle était toute l'année pour ressortir affublé d'un T-shirt XXXL, une lourde chaine en or autour du cou et une casquette à l'envers tenant sur ces cheveux en chignon. La rebelle
poussa alors un soupir devant l'hilarité de la petite famille et s'écria:
Par Frapif
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Jeudi 4 août 2011
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12:03
« Ma mère est morte. »
Elle m'a appelé à 4 heures du matin pour me dire ça : « Ma mère est morte. » Elle m'a appelé, moi, pour me
dire ça. Je suis la personne à qui elle s'est confiée, à qui elle a eu envie de déverser son désespoir, sa rage, sa tristesse. Elle s'énervait beaucoup après elle, mais elle l'aimait, un peu, au
fond. Durant trois heures, au milieu de la nuit, elle s'épancha sur ses malheurs, sur l'injustice de la vie... Et moi, je l'écoutais, compréhensif.
Qu'elle est belle quand elle est mélancolique. J'ai honte à l'avouer, mais la mort de sa mère va m'aider à... comment
dire les choses auxquels je pense sans paraître pour un malade, un pervers, un ignoble con... J'aime le contact de ma main sur sa bretelle de soutien-gorge quand elle pleure dans mes bras, j'aime
la pression de ses seins sur mon torse aussi, j'aime son regard, j'aime le fait qu'elle a besoin de s'appuyer sur moi pour survivre à cette épreuve. J'attends patiemment le moment béni où, enfin,
elle se dévoilera vraiment à moi... Je ne crois pas que je l'aime, comme on entend aimer celle avec qui on vivra et avec qui on fondera une famille. À vrai dire, j'en suis plus aussi sur... mais
elle a besoin de moi et, dans un sens, moi aussi... Un besoin de tendresse de la part de deux ames égarés...
Alors, est ce mal si je la désire et si je souhaite lui faire l'amour?
Par Frapif
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